Huit régimes sur une même pièce
Le module ne bouge pas de 1795 à 1878 ; seul le dessin change avec le pouvoir en place. Pour dater un écu, partez de l'avers.
- Hercule debout entre deux figures : Directoire, IIe République en 1848-1849, puis IIIe République de 1870 à 1878. La légende et la date départagent.
- Portrait d'empereur : Napoléon Ier, tête nue puis laurée, ou Napoléon III, tête nue dans les années 1850 puis tête laurée.
- Portrait de roi : Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe ; les légendes donnent le nom en toutes lettres.
- Tête de femme couronnée d'épis : la Cérès de 1849-1851, puis celle de 1870, cette dernière sans légende autour de la tête.
Le revers complète la lecture : couronne de feuillage avec « 5 FRANCS » pour les uns, armoiries couronnées pour la Restauration et le Second Empire tardif. Pour situer la période dans son ensemble, voyez la rubrique monnaies françaises du XIXe siècle.
Lire l'atelier et les différents
Sous la date, une lettre indique la ville de frappe : A pour Paris, K pour Bordeaux, BB pour Strasbourg, D pour Lyon, W pour Lille, Q pour Perpignan, MA pour Marseille. Le guide des ateliers monétaires donne la liste complète.
De part et d'autre, deux minuscules symboles, les différents, signent le directeur de l'atelier et le graveur. Ils séparent parfois deux pièces de même date et de même lettre. L'exemple classique est 1871 A : une abeille pour la frappe ordinaire, un trident pour celle réalisée pendant la Commune de Paris, sous la direction de Zéphirin Camélinat à la Monnaie.
Regardez aussi le chiffre de la date. Sous le Directoire, les ateliers réutilisaient leurs coins d'une année à l'autre en regravant le millésime : on lit alors un chiffre posé sur un autre, comme an 6/5 ou an 8/5. Ces surcharges forment des variétés à part dans les catalogues.
Une lettre peu courante ne garantit pas la rareté : seul le couple date-atelier, vérifié dans un catalogue, renseigne sur le tirage.
L'écu de 5 francs en argent, de la Révolution à 1878 : les pièces à ne pas confondre
Les 5 lire du royaume de Sardaigne. À partir de 1816, les États de Savoie ont adopté le poids et le titre français : la pièce de 5 lire pèse 25 g d'argent à 900 ‰, comme l'écu, et les deux monnaies circulaient indifféremment. Elle a été frappée à Turin et à Gênes ; la légende est en latin ou en italien et le portrait est celui du roi de Sardaigne.
Les écus de l'Union latine. À partir de 1865, la Belgique, la Suisse et l'Italie frappent des 5 francs ou 5 lire aux mêmes normes. Le pays se lit dans la légende ; voyez la rubrique monnaies étrangères.
Le 5 francs de Monaco de 1837. Frappé à Monaco sous Honoré V avec la lettre M, c'est le seul écu monégasque du XIXe siècle. Il est rare et a été contrefait.
Les faux. Faux d'époque en étain ou en alliage commun, copies modernes : pesez la pièce (25 g attendus), mesurez-la (37 mm), examinez les lettres de tranche, qui doivent être nettes, et écoutez le son. Une surface granuleuse et des lettres empâtées trahissent une pièce coulée. Le guide reconnaître une fausse pièce détaille ces gestes.
L'usure, type par type
Ces grosses pièces ont circulé longtemps : la plupart des exemplaires sont aujourd'hui en état « beau » ou « très beau », et ceux sans usure sont peu nombreux, surtout pour les dates antérieures à 1848. Les zones à observer ne sont pas les mêmes selon le dessin.
- Hercule : la poitrine et le genou du héros, la main qu'il pose sur l'épaule de la Liberté, les drapés.
- Portraits : la chevelure au-dessus de l'oreille, la pommette, les feuilles de laurier ; chez Louis-Philippe, les mèches de la nuque.
- Revers : les nervures de la couronne de feuillage, ou, sur les types à blason, les meubles de l'écu et la couronne posée au-dessus.
Leur poids rend les écus sensibles aux chocs : coups sur la tranche, marques dans le champ. Un écu frotté ou astiqué prend un blanc uniforme et sans relief, qui fait baisser son intérêt. Laissez la patine en place et consultez les guides états de conservation et nettoyer une pièce.
Du franc germinal à l'arrêt de 1878
Le franc naît de la loi du 28 thermidor an III (15 août 1795), qui prévoit un écu d'argent de 5 francs dessiné par Augustin Dupré. La loi du 7 germinal an XI (1803) définit le franc comme 5 g d'argent à 900 ‰ : l'écu de 5 francs pèse donc 25 g, et ce poids ne variera plus.
Bonaparte, puis l'Empereur, les rois de la Restauration, Louis-Philippe, la IIe République, Napoléon III et la IIIe République y impriment tour à tour leur image. En 1865, l'Union latine associe la France, la Belgique, la Suisse et l'Italie autour de pièces aux caractéristiques communes, qui passent librement d'un pays à l'autre.
La baisse de l'argent par rapport à l'or pousse les pays de l'Union à arrêter la frappe des écus : la dernière date française est 1878. Les pièces continuent pourtant de circuler jusqu'à la Première Guerre mondiale. D'autres pièces de cette famille figurent dans la rubrique monnaies en argent.